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L’histoire de la FCPPF

Début des années 60, le CEFA, la FBCCC 
(mouvement catholique) 
et la FAMILLE-HEUREUSE (mouvement laïque) 
ont éprouvé le désir de faire un long bout de 
chemin ensemble. 
Ces trois institutions d’orientations philosophiques différentes désiraient partager leurs idées et leurs expériences.

Une réponse à une demande !

Les années 60 témoignent d’un bouleversement des conceptions de vie (familiale, professionnelle,…) profondément enracinées dans les traditions. 
Par exemple, le contrôle de la fécondité est tout particulièrement à l’ordre du jour. Celui-ci bouleverse les relations et les rôles de chacun au sein du couple. 
Il touche de façon irréversible le modèle familial et la relation famille-société.

Chrétiens et laïques proposent chacun leur réflexion propre aux problèmes de morale, conjugale et familiale. A l’époque, on oppose les mots « nature » et « culture » en oubliant que l’amour, la sexualité, la procréation sont des mots 
abstraits qui se vivent dans les relations au quotidien.

Une question difficile se pose : Comment intégrer dans les mentalités et comportements de chacun ces techniques de contrôle de fécondité, appelées 
par les uns « régulation des naissances », par les autres « planning familial » ?

C’est en voulant répondre à ces questions préoccupantes que le mouvement familial estime nécessaire l’existence de lieux de parole. 
Ceux-ci permettent, enfin, aux couples de s’ouvrir à la « parenté responsable », attendue et souhaitée par un très grand nombre. 
Ils proposent aussi d’aborder d’autres problèmes personnels et familiaux suscités par ces mêmes bouleversements.

A l’époque, se rassembler sur ces questions morales, conjugales et familiales, est un grand défi pour les chrétiens et laïques.

Un projet pluraliste, ça se construit !

Un projet d’une telle ampleur n’est bien entendu pas évident à mettre en place. 
Grâce au soutien et à l’action de quelques-uns, celui-ci se concrétise rapidement. 
La Ligue des Familles, mouvement pluraliste, ouvre largement les pages du Ligueur à cette équipe, mi-laïque, mi-chrétienne.

Et le 7 octobre 1969 est inauguré le tout premier centre pluraliste familial.

Une idéologie derrière un projet ?

Le but premier de ce partenariat chrétien-laïque est de dépasser des cloisonnements philosophiques paralysants en se centrant sur l’attention aux consultants et sur le respect total des convictions et des valeurs de ceux qui sollicitent leur aide. 
La vocation pluraliste de la Ligue des familles et la formation des travailleurs des centres prédisposaient tout particulièrement à tenter avec enthousiasme une telle réalisation.

Le travail sur le terrain a peu à peu pétri et affiné une bonne volonté pluraliste initiale, bien intentionnée mais quelque peu irréaliste.

Dés le départ, chacune des tendances assure, en permanence, la présence d’un médecin et de conseillers conjugaux. 
Ainsi, lorsqu’une personne arrive au centre pour une consultation, 
elle peut rencontrer le professionnel de son option philosophique. 
Rapidement, l’équipe pluraliste réalise que les consultants ne donnent aucune importance à ce choix. 
La seule chose déterminante à leurs yeux est de résoudre le problème personnel
qui les tenaille.

L’idéologie du centre commence au sein de l’équipe !

Le pluralisme s’est expérimenté avant tout au sein de l’équipe. 
Les travailleurs ont pris le temps de se découvrir et le soin de se respecter 
dans leurs différences. Il s’agissait d’apprendre à « s’apprivoiser ».

Progressivement, au fur et à mesure des consultations, une collaboration se développe au sein de l’équipe. 
Chaque tendance partage ses spécificités : le cefa et la FBCCC, d’inspiration chrétienne, sont plus expérimentés dans l’aide aux couples en difficulté relationnelle, tandis que les laïques, la Famille Heureuse, ont une capacité particulière à aborder 
le domaine de la sexualité et à collaborer avec les médecins.

C’est ainsi que tout en gardant ses propres convictions, mûries et affinées par l’échange et la collaboration sur le terrain, les travailleurs des Centres se 
rencontrent dans un même souci de respect des valeurs du consultant. 
Consultant, qu’ils accompagnent et soutiennent dans sa recherche de solution personnelle lucide et responsable.

En 40 ans, les mentalités ont fortement évolué ; faisant de plus en plus appel à la responsabilité de chacun, les choix sont devenus progressivement plus clairs et 
les points de vue se sont rapprochés.

L’idée fait son chemin…

Progressivement, le projet s’étend dans la région bruxelloise. 
L’équipe d’Uccle est une véritable « fusée porteuse » pour cette réalisation : quelques-uns se détachent de l’équipe initiale pour s’allier à d’autres et ainsi créer une nouvelle équipe dans des lieux différents. 
C’est ainsi qu’un centre apparaît à Woluwe-St-Pierre, un autre à Evere,…
C’est une véritable « fusée à étages » ! Car l’aventure ne s’arrête pas là. 
A partir du centre d’Evere qu’est mis sur orbite le CPF de Jette. 
En même temps, un projet se crée à Tubize, à Braine l’Alleud,…
Ce dernier se déplacera ensuite à Waterloo.

Le grand voyage ne fait que commencer ! 
Car, c’est au tour de la province du Luxembourg d’ouvrir ses portes au projet. 
Un centre se crée à Libramont, à Virton, à Marche-en-Famenne, à Neufchâteau,…

Les autres provinces se laissent aussi séduire par l’idée de planning familial. 
Et ainsi, Mons, Charleroi, Liège, Perwez,… ont chacun leur centre de planning familial pluraliste.

Commencer, c’est bien…Mais tenir, c’est encore mieux

Pour chacun de ces centres commence alors une aventure à la fois difficile et enthousiasmante : se rencontrer, se connaître et s’accepter différents, constituer 
une équipe qualifiée, s’organiser pour la gestion et la promotion du centre, 
aller à la rencontre de la population, des jeunes et des moins jeunes, dans un environnement qui est chaque fois spécifique, cibler son action, tenir, tenir 
et encore tenir…avec des moyens financiers bien limités.

C’est bien là qu’est la découverte. 
L’exercice du pluralisme est dynamisant, car chacun ou presque, se sentant 
accepté, reconnu dans ce qu’il est, se met en marche en quelque sorte, 
déploie ses capacités, ses potentialités et paie de sa personne. 
C’est ainsi qu’ils trouvent une grande satisfaction à vivre cette aventure, 
même sur une corde raide.

Dans ces centres, une grande diversité d’activités est proposée.

Les équipes composées de « techniciens » -conseillers conjugaux, médecins, psychologues, assistants sociaux, juristes- apportent leurs compétences professionnelles, leur souci d’entrer dans une relation attentive au client, 
leur désir de travailler en équipe pluridisciplinaire.

Des consultations médicales, d’informations juridiques et d’aide psychologique 
aux personnes, aux couples, aux familles, dans leurs difficultés relationnelles et 
autres se développent. 
A coté de celles-ci, certains collaborateurs se forment à l’animation de groupes 
et multiplient les rencontres avec des groupes scolaires et autres.

Une reconnaissance par les pouvoirs publics

Un premier arrêté royal du Ministre de la Famille reconnaît, en 1970, l’existence 
des centres de planning familial (sous le nom prudent de centres prématrimoniaux, matrimoniaux et familiaux) et leur octroient quelques subventions.

A partir de cette date, années après années, au fil des décisions politiques, les réglementations évoluent pour Bruxelles et pour la Wallonie. 
Une volonté politique de développer ce secteur d’aide se fait sentir.

Le fait entre autres que les centres de planning familial aient reçu à ce moment là l’autorisation du Ministre de la Santé de conserver le système du tiers-payant pour 
les consultations médicales est un exemple de ce qu’en haut lieu, on a compris le sens de l’action des centres auprès des jeunes en particulier.

A ce jour, les 22 Centres pluralistes de planning familial de Bruxelles et de la Région wallonne sont agréés respectivement par la Commission Communautaire française et la Région wallonne.

Il faut aussi souligner le soutien actif de certaines communes où sont implantés les CPF et des autorités de la province de Luxembourg : soutien financier mais aussi « en nature » sous forme de locaux, de matériel et de facilités diverses.

Il n’en reste pas moins que les collaborateurs ne peuvent travailler qu’à temps très partiel et doivent se contenter de rémunérations ou d’honoraires modestes.

C’est vraiment grâce à eux, à la qualité de leur travail et à leur désintéressement 
que les centres peuvent exister.

Un petit mot de réflexion…

Un projet qui s’est précisé

L’engagement dans une organisation pluraliste est dû, pour la plupart, à une intuition de départ : la perception, plus ou moins confuse, qu’en collaborant avec d’autres, venant d’horizons différents, un travail d’aide plus efficace et plus approprié pourra se réaliser ; on pense également que loin de s’appauvrir, on sera soi-même bénéficiaire de cette confrontation permanente. 
Diverses formations (conseil conjugal ou autres) contribueront à préciser cette option de base en faisant mieux percevoir, de manière souvent assez décapante, l’étroite connexion entre une connaissance et une acceptation plus réaliste de soi et le véritable accueil d’autrui.

Mais, c’est sur le terrain, dans le concret, que se découvrent l’importance et la valeur d’un travail fait d’un apport et d’une confrontation permanente des différences. 
Là, les intuitions de départ et les bonnes intentions sont confrontées à la réalité des demandes d’aide multiples et variées, qu’il faut gérer dans le quotidien.

Cet apport permanent des différences, dans nos Centres pluralistes, se fait d’une part grâce à la collaboration des représentants des plusieurs disciplines et d’autres part grâce à la variété des personnes, ayant chacune son identité propre, qu’une collaboration constante ne vient nullement estomper.

Ces années d’expériences ont mis de plus en plus en évidence le besoin accru de tels lieux d’accueil, de parole, d’accompagnement, dans un univers où les structures institutionnelles n’apportent plus l’encadrement de jadis et où chacun doit davantage assumer son propre cheminement, avec ses imprévus et ses difficultés.

Les valeurs qui sous-tendent notre action pluraliste

Une telle réalisation requiert un certain nombre de conditions qui constituent, en quelque sorte, l’éthique sous-jacente au travail d’aide des Centres pluralistes de planning familial.

  • Un accueil et une écoute inconditionnels, marqués de non-jugement et de respect entier de l’échelle de valeurs des consultants.
  • La sécurité d’une totale discrétion, indispensable à une prise de parole libératrice.
  • La conviction, étayée par l’expérience du travail d’aide, que chaque personne, quel que soit le poids de ses difficultés, porte en elle la capacité foncière, parfois à travers un lent accompagnement, d’assumer le problème qui est le sien et d’élaborer des réponses personnelles constructives. Conviction qui ne voile pas l’attention aux limites actuelles de chacun dans sa prise de responsabilité ; mais qui veille toujours à susciter un surcroît d’autonomie, si minime soit-il.

L’accompagnement ne peut être constructif que dans la reconnaissance des limites présentes (dues à la personnalité de chacun, ainsi qu’aux conditions matérielles et socioculturelles), mais aussi, si cachées soient-elles, des possibilités fondamentales de liberté responsable, qui constituent le joyau de la personne humaine.

  • Pour les travailleurs des Centres, la confrontation permanente de personnes, de disciplines et de conceptions philosophiques diverses, dans le travail concret et à travers les nombreuses interrogations que posent tant de problèmes actuels, constituent un terrain particulièrement favorable au dépassement de ses propres rigidités et blocages, qui enrayent l’attention véritable au consultant, quelles que soient les bonnes intentions.

Travailler dans le pluralisme…

Travailler dans le pluralisme n’implique pas l’abandon ou la mise en veilleuse de ses propres convictions. La confrontation permet au contraire de dépasser des certitudes ou des évidences insuffisamment intégrées de manière personnelle, et amène peu à peu à approfondir et nuancer ses options fondamentales.

Travailler dans le pluralisme, c’est découvrir l’autre avec son langage, ses références, sa démarche intérieure. C’est aussi une chance de mieux l’accepter dans ce qu’il est fondamentalement. C’est dépasser progressivement la méfiance, les préjugés, la rivalité.

Travailler dans le pluralisme, c’est apprendre aussi, à la longue, à ne pas attribuer à la différence (de conceptions philosophiques, de professions,…) bien des problèmes relationnels qui tiennent en dernière analyse à des difficultés personnelles ( pouvant se manifester par un besoin de pouvoir, de la susceptibilité,…) dont il est important de prendre conscience.